L'ondoiement en péril de mort.

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L'ondoiement en péril de mort.

Message par Le Nain le Dim 2 Aoû - 2:48

Si vous faites de la généalogie et que vous consultez des registres de baptêmes, mariages et sépultures tenus par les curés des paroisses d'Ancien Régime, vous pouvez lire quelquefois d'un enfant qu'il a été ondoyé en péril de mort. Ceci demande quelques explications.

Si au début du christianisme le baptême était administré qu'à des adultes et jamais à des enfants, la donne changea au cours du Moyen-Age. Si l'on considérait que l'enfant nouveau-né ne pouvait avoir péché personnellement, il n'en restait pas moins maculé par le péché originel, et il fallait laver cette faute le plus tôt possible pour qu'en cas de mort, l'âme puisse monter au ciel et contempler Dieu. S'il n'était pas baptisé, les obsèques religieuses ne pouvaient se tenir et l'âme demeurait dans les limbes.

Généralement, les femmes étaient accouchées par des matrones, et si la mise au monde se passait mal, si l'enfant paraissait avoir du mal à vivre, la matrone devait l'ondoyer. Elle versait un peu d'eau sur le nouveau né en prononçant les paroles "Je te baptise au nom du Père ,du Fils et du Saint-Esprit."

Si l'enfant survivait, le baptême était complété par le curé, s'il mourait, il était enterré religieusement. Il est fait mention quelquefois d'ondoiement in utero, ce qui est limite, mais admis.

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Re: L'ondoiement en péril de mort.

Message par olivierh le Dim 2 Aoû - 3:12

Dans le cas où un nouveau-né décédait avant l'ondoiement, ou s'il était mort-né, il existait une ultime ressource : les "sanctuaires à répit". Il s'agit de chapelles dans lesquelles on apportait le petit corps et où on l'exposait. Les familles en prière arrivaient à s'auto persuader que le petit corps avait soudain un mouvement ou un sursaut, et on se dépêchait de l'ondoyer : l'âme était sauve.

cette crainte de mourir sans baptème ou ondoiement a conduit à des extrémités "insupportables" :

Document écrit en 1764 par J-M Mye et Louis Jobal de Pagny :
" Si une femme enceinte meure ", dit le Rituel romain, " il faut aussitôt l’ouvrir pour en tirer le fœtus de l’enfant et le baptiser ". Et comme on ne sait pas en quel temps il est animé, car les uns disent à trente ou quarante jours, et maintenant les plus habiles médecins croient qu’il l’est à vingt, - il y a même des auteurs qui prétendent qu’il l’est aussitôt après la conception, - le parti le plus sûr serait de faire l’opération césarienne à toutes les femmes dont on a le moindre doute qu’elles soient enceintes ; et bien loin d’écouter les parents qui s’y opposeraient, on doit au contraire les forcer à y consentir en recourant au Magistrat. Il y a des évêques qui ont excommunié tous ceux qui voudraient empêcher cette œuvre de charité. On doit chercher exactement l’enfant, non seulement dans la place où il doit être naturellement, mais aussi partout ailleurs où il pourrait être, comme dans les endroits supérieurs à la matrice, et voir s’il y en a plusieurs. Il est aussi bon de savoir qu’il arrive qu’une femme accouche dans les travaux de l’agonie, et si on n’y prend garde l’enfant se trouvera étouffé dans le lit. On baptise ces sortes d’enfants par immersion, c’est-à-dire en les plongeant dans de l’eau un peu tiède. Si on doute s’il est vivant, ou si c’est un vrai embrion ou un enfant, on le baptise sous cette condition : " Si tu es capable de recevoir le baptême, je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ". Il faut que l’eau touche immédiatement l’enfant, sa tête ou sa poitrine ; ainsi on doit ôter la peau qui l’enveloppe, ou si on l’a baptisé sous cette peau ou membrane, comme on doit le faire lorsqu’il y a lieu de craindre qu’on ne fasse mourir l’enfant en l’ouvrant, il faut le rebaptiser ensuite sous condition après l’avoir ouverte ; de même si on avait baptisé dans le sein de la mère un enfant sur le bras ou sur le pied, ou avec un tuyau, ou avec la main en faisant couler l’eau sur lui, il faudrait le rebaptiser sur la tête sous condition.

On ne doit pas croire aisément que l’enfant soit mort, quoiqu’il ne donne pas signe de vie, et dans le doute on doit le baptiser sous condition. Pour distinguer si la production est un vrai embryon, ou seulement une mole ou un caillot de sang ou un faux germe, il faut le considérer avec attention, quand même le fœtus ne serait pas plus gros qu’un grain d’orge ou une fourmi. Si la membrane est d’une couleur tirant sur le blanc, semblable aux intestins, de figure ovale, et qu’elle cède à l’impression du doigt, on peut croire alors que c’est un fœtus et non une mole. Mais si ce qui est sorti du sein est une chair informe, marquetée de veines noirâtres et sanguines, et qu’elle soit rude et dure au toucher, on peut croire que ce n’est qu’une mole de chair et non un enfant, qu’on doit cependant toujours ouvrir avec précaution, car dans les fausses couches, les pertes de sang, les avortements et les opérations césariennes il faut avoir un très grand soin d’examiner avec toute l’attention possible tout ce qui sort du sein de la mère ; et il faut bien se garder de faire comme certaines sages-femmes imprudentes, qui les jettent indiscrètement sans examen ; et il y faut apporter d’autant plus de soin qu’il arrive que des femmes ont des fausses couches sans presque s’en apercevoir. J’ai été bien surpris, quand j’ai commencé à m’informer de la manière dont on se comportait dans ces fâcheuses circonstances, de voir que les premières personnes à qui je m’adressai pour cela avaient eu ce malheur, faute d’avoir été instruites sur tout cela. Je prie donc celles qui auront connaissance de cet écrit d’en faire part à toutes celles qui pourraient être dans le cas d’en faire usage. Et si quelqu’un peut avoir là-dessus une science plus étendue, il n’a qu’à voir le livre qui a pour titre, L’Embriologie sacrée. Benoît XIV l’a vu et estimé, et plusieurs évêques l’ont conseillé
."

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Re: L'ondoiement en péril de mort.

Message par Le Nain le Dim 2 Aoû - 3:16

Oui, il y a d'ailleurs des gravures de ce genre de sanctuaires dans L'arbre et le fruit de Gélis, dont j'ai parlé dans la rubrique des livres.

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Re: L'ondoiement en péril de mort.

Message par olivierh le Dim 2 Aoû - 3:28

les cinq conditions pour ondoyer correctement:
"1° verser de l’eau naturelle, et non de l’eau-de-vie, ni de l’eau de rose, ni d’autre liqueur, mais de l’eau simple, telle que Dieu l’envoie, chaude ou froide, n’importe ; il faut verser de l’eau sur la tête de l’enfant, de manière que cette eau touche immédiatement la peau ; et s’il y a des cheveux il faut ou les couper ou les détourner.

2° En même temps qu’on verse l’eau il faut prononcer ces paroles : " Je te baptise au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ". Toutes ces paroles sont si nécessaires que si on en omettait une seule le baptême ne serait pas valide.

3° Il faut que la même personne qui verse l’eau prononce les paroles, car si une autre les prononçait le baptême serait encore invalide.

4° Si on doute si l’enfant est vivant on ajoute : " Si tu es vivant, je te..., etc. ". Si on doute que ce soit un monstre, on ajoute : " Si tu es homme, je te..., etc. ". Dans ce cas on doit se garder de l’étouffer, mais on doit le faire examiner par des personnes sages et éclairées qui en décident.

5° Quand un enfant a été baptisé, mais qu’on doute si le baptême a été valide, comme s’il n’avait été baptisé que sur un membre différent de la tête, ou si l’on n’était pas sûr que l’eau l’ait touché, ou qu’on n’eût pas bien prononcé les paroles, ou enfin si on avait quelqu’autre raison de douter de la validité du baptême, il faudrait le rebaptiser sous condition, en disant : " Si tu n’es pas baptisé, je te baptise au nom..., etc. ". Si dans le trouble et l’embarras on ne souvient pas de la condition particulière qu’il faut ajouter, on peut se servir d’une générale qui peut suppléer à toutes les autres, savoir : " Si tu es capable de recevoir le baptême, je te baptise au nom..., etc. ".


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Re: L'ondoiement en péril de mort.

Message par Polo31 le Dim 2 Aoû - 11:12

Sujet très intéressant, merci, j'ignorais totalement certaines de ces pratiques. Merci.
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Re: L'ondoiement en péril de mort.

Message par PAT13 le Dim 2 Aoû - 11:16

Polo31 a écrit:Sujet très intéressant, merci, j'ignorais totalement certaines de ces pratiques. Merci.
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